Prose
Les perles d’ambre n’ont pas
eu tort |
L’écrivain n’est pas un
historien, ne décrit pas les événements. Il donne son aspect et sa sensation
des événements qui l’ont touché. C’est son empreinte personnelle qu’il nous
transmet en nous incitant à un « ne m’oubliez pas », c’est à dire
« n’oubliez pas mon point de vue ! » Le sceau de cette transmission est un
« ne m’oubliez pas ».
L’expatriation des habitants du
Ponte Euxin, de l’Ionie et de la Kapadocie, le désastre (1920), en somme, du
Monde grec de l’Asie Mineure est un « ne m’oubliez pas ».
Les génocides masqués, le viol
financier, la mise en marge, l’affront de l’amour propre est un « ne
m’oubliez pas ».
Certains jeux de violation et de
manipulation des besoins de l’homme est un « ne m’oubliez pas ».
Car si l’on oublie, les
événements pénibles retournent plus menaçants la fois prochaine. On doit ne
pas oublier certains faits, certaines images, certains endroits.
De toute façon il y a quand même
de bons « ne m’oubliez pas ».
C’est tout ce qui garde vivante
et d’une manière désarmante la présence de la beauté dans la vie : le chant
des oiseaux, un flocon de neige, le renouveau, un œuf de Pâques colorié
rouge, l’arôme de la brioche pascale, l’écoulement de l’eau, l’horizon
s’unissant avec la mer au loin, le vent dans un bosquet de conifères, le
retour en classe, un bourgeon dans notre pot de fleurs, le premier
gazouillis du bébé, l’odeur piquante de la terre humide juste avant de
pleuvoir, la brume qui présage une journée chaude, le nuage gris noir qui
précède l’orage, l’illusion du crépuscule, « l’Hostie », le renouvellement
de nos espoirs pour une neuve période de Grâce après la Sainte Communion.
C’est à la suite de ces « ne
m’oubliez pas » que nous acquérons un sûr prolongement à l’incessant
recyclage de notre temps, et cela ainsi pour rien, pour du bon…
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